Il n’est pas rare que les écoles de la République portent le nom d’artistes humanistes, de militants socialistes ou d’intellectuels pacifistes. Mais il arrive moins souvent que l’institution scolaire rende hommage aux immigrés issus de l’ancien empire colonial français. C’est pourquoi il faut saluer l’initiative du maire PCF de Nanterre, Patrick Jarry, qui propose que le prochain collège nanterrois porte le nom du sociologue Abdelmayek Sayad.
Abdelmalek Sayad naît dans un village de petite Kabylie en 1933. Ses parents, bien que de milieu relativement modeste, parviennent à le faire scolariser, et cet « indigène » fort studieux devient instituteur à Alger. Il poursuit en parallèle des études supérieures, et c’est ainsi qu’il rencontre le sociologue Pierre Bourdieu, venu enseigner à Alger dans le cadre de son service militaire, en pleine guerre d’Algérie. Commence alors une longue collaboration doublée d’une profonde amitié. Sayad s'installe ensuite en France, où il commence une brillante carrière de chercheur qui durera jusqu’à sa mort en 1998. Dans la continuité de ses recherches initiales sur les bidonvilles d'Alger ou de Constantine, il se consacre à l’étude des quartiers populaires de Marseille, de Nanterre ou encore de Saint-Denis. Il est l’un des premiers intellectuels à s’intéresser à la condition des immigrés algériens, avec une finesse, une humanité et une puissance d’analyse qui forcent aujourd’hui encore l’admiration. Son œuvre est de celles dont la scientificité même est porteuse d’émancipation.
Il est donc à souhaiter que le conseil général des hauts de Seine acceptera cette proposition du maire de Nanterre. Et que, plus généralement, les lieux de l’universalisme républicain reconnaîtront plus souvent le rôle essentiel joué par les anciens colonisés et immigrés, et pas seulement comme force de travail.